Le Musée du Mémorial de la Paix de Hiroshima

Une visite indispensable à Hiroshima

Par Paul Walsh   

Au sud du Parc du Mémorial de la Paix de Hiroshima s’élève cet imposant édifice de béton et de verre, supporté par d’énormes piliers rappelant furieusement le style de Le Corbusier. Œuvre de l’architecte Kenzō Tange, il fut construit en 1955 et faisait alors partie du grand projet de construction baptisé le « Centre pour la Paix ». Il accueille plus d’un million de visiteurs par an, venus du monde entier pour en apprendre plus sur le 6 août 1945, la bombe atomique et l’enfer qui s’ensuivit.

Le musée comporte deux sections. La première, l’aile Est, est tout d’abord consacrée à l’histoire de la ville, à l'histoire de sa militarisation et de son industrialisation à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs salles illustrent ensuite la vie en temps de guerre, après quoi l’accent est davantage mis sur le développement de la bombe A et la décision, prise par les Etats-Unis, de l’utiliser. Sous une grande reproduction du dôme de la Bombe Atomique, plusieurs maquettes représentant la ville avant et après l’explosion, ainsi qu’une photographie panoramique de la « plaine brûlée », donnent aux visiteurs une meilleure idée des dégâts occasionnés sur la ville, presque intégralement rasée. A l’étage, l’exposition se concentre sur la phase de reconstruction et sur les conditions de vie des personnes ayant survécu à l’explosion (hibakusha en japonais, que l'on pourrait traduire par « les irradiés »). L’aile Est se termine par une grande section dédiée aux dangers des armes nucléaires, ainsi qu’aux efforts permanents déployés depuis par la ville de Hiroshima afin d’obtenir leur abolition.

L’aile Ouest est plus spécifiquement consacrée aux dommages causés par la bombe et par les rayonnements radioactifs émis lors de son explosion. Des effets personnels ayant appartenu aux victimes, des photographies et d’autres pièces, dont certaines très visuelles, y sont exposés et traduisent toute l’horreur de cette tragédie. Les légendes accompagnant des jouets pour enfants fondus ou des uniformes d’écoliers en lambeaux, bien que sobres et concises, apportent une dimension terriblement humaine à cette catastrophe. Très émouvante, la vue de ces objets vous nouera la gorge à coup sûr. Sans compter qu'à cela s'ajoutent les récits déchirants de personnes irradiées, atteintes de la « maladie atomique », qui frappa la population sans distinction, plusieurs mois voire même parfois plusieurs années après la catastrophe. Paradoxalement, l’histoire de Sadako Sasaki et de ses grues en papier, d'une tristesse infinie, force également l'admiration.

Des appareils vidéo, grâce auxquels vous pourrez écouter certains survivants témoigner de leurs expériences de la bombe atomique, se trouvent juste avant la sortie du musée. De là s’offrent à vous de jolis points de vue sur la place du Mémorial de la Paix, le cénotaphe et le célèbre dôme de la Bombe Atomique. Le sous-sol, où sont exposées les dernières acquisitions du musée, est souvent le théâtre d’expositions thématiques. Une librairie propose également une sélection d’ouvrages et de vidéos en anglais (l’accès à cette partie du musée est gratuit).

La visite du musée ne peut aucunement être qualifiée de ludique, mais l’histoire et l’héritage laissés par la bombe atomique sont précisément ce qui attire la plupart des touristes à Hiroshima. Et même si cela n’est pas toujours une partie de plaisir, y passer deux ou trois heures s’avère être très enrichissant.

Car vous trouverez aussi l’espoir à Hiroshima. Après avoir essuyé les souffrances les plus insoutenables, la ville a su renaître de ses cendres. Le musée, tout en préservant la mémoire de cet évènement et de ceux qui l’ont vécu, appelle à la paix et à l’abolition des armes nucléaires, pour que jamais plus une telle tragédie ne se reproduise. Et cette abnégation se reflète dans le prix d’entrée dérisoire du musée.

Le Musée de la Paix se parcourt tranquillement, à son rythme. Il n’est pas rare de voir certains visiteurs y rester pendant près 4 heures. De grands efforts d’accessibilité ont été fournis pour le public anglophone. En plus de textes traduits en anglais, le musée propose un audioguide, en option, pour 300¥. Si les commentaires restent succincts et limités pour l’aile Est du musée, ils apportent une profondeur certaine aux destins individuels présentés dans l’aile Ouest. Quel que soit votre choix, vous aurez peut être besoin de prendre quelques minutes pour vous asseoir et reprendre vos esprits avant d’entamer la visite de l’aile Ouest. Au niveau de l'espace détente, une libraire propose à la vente de nombreux ouvrages bilingues, des t-shirts et des cartes postales.

Certains visiteurs étrangers, plutôt nerveux à l’idée d’être jugés, préfèrent éviter de s’adresser aux guides bénévoles. Mais une fois sur place, vous pourrez vous rendre compte que ce n’est absolument pas le cas. Comme partout ailleurs à Hiroshima, personne ne vous jugera et la plupart des gens seront même foncièrement heureux de voir que vous prenez le temps de visiter leur ville et d’en apprendre plus sur cette tragédie. Cela dit, il est tout à fait compréhensible que vous préfériez visiter le musée seul, à votre rythme.

De retour à l’extérieur, le contraste entre le musée et la ville, aujourd’hui moderne et extrêmement dynamique, pourra en déstabiliser plus d’un. Je vous conseille personnellement de visiter le musée en premier, puis de vous promener dans le parc, d’admirer la nature, ce qui devrait vous permettre de récupérer plus facilement du choc psychologique. Il est probable que des écoliers japonais vous abordent pour vous poser quelques questions en anglais. Et cela tombe bien, car leurs rires peuvent se montrer contagieux et vous remonter le moral en un clin d’œil.

Pour finir, je vous recommande fortement de résister à l’envie d’aller vous réfugier dans votre chambre d’hôtel. Après un petit moment de récupération bien nécessaire, rejoignez le centre-ville et mangez, buvez, profitez et partagez un moment agréable avec la population locale. Ce n’est vraiment qu’à ce moment là, je crois, que vous réaliserez que Hiroshima est une ville exceptionnelle.

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Julian Bohler

Julian Bohler @julian.bohler

Born in France, I was twenty years old when, passing by a local bookstore, a book about Japanese characters caught my attention. This was my first encounter with Japan, and one that would change my life in many ways. Earning a degree in Japanese Studies with a major in Japanese religions and folklore, I have studied for two years in Kyoto but it only took me a couple of weeks to fall in love with the city. I really feel privileged to have been able to meet so many wonderful people out there, that taught me a lot about Japanese culture and about myself. I love nature, visiting temples and shrines, reading and researching about their history, joining traditional festivals or riding my bike to discover hidden places throughout the city. I also enjoy taking pictures wherever I go and Japan is a never-ending source of inspiration for an amateur like me. With Osaka, Kobe, Nara and many other beautiful rural areas at a short train ride distance from Kyoto, Kansai is also a wonderful area for enjoying the richness of Japanese cuisine. Japan has many secrets for everyone to discover, and countless elusive moments of poetry that no guidebook can tell you about. I am delighted to be able to share the ones I had the chance to witness with you and everyone at Japantourist. I sincerely hope it will make you want to visit and discover this magnificent country.

Article original par Paul Walsh

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