Le "Grand Matsuri" du Gosho-jinja

Les Dieux vont à la mer

Par Isabelle Despert Okumura   29 juil. 2016

Chaque année au mois de juin (le deuxième dimanche plus exactement), a lieu le « Grand matsuri » de Gosho-jinja, petit sanctuaire shinto de la ville de Kamakura, cité historique et balnéaire à une soixantaine de kilomètres au sud de Tokyo.

Un matsuri est une fête qui, dans la religion shinto, a pour but d’honorer ou remercier les diverses divinités du panthéon shintoïste pour leurs faveurs (récoltes fructueuses, beau temps, etc.). Ces fêtes prennent différentes formes : offrandes, prières, danses… L’une des formes les plus originales est la procession de temples portatifs - mikoshi - censés promener le ou les dieux du sanctuaire local, que l’on installe symboliquement  dans le mikoshi. Hommes et femmes (récemment) portent alors sur leurs frêles épaules des « mini sanctuaires » de plusieurs centaines de kilos pour promener les dieux dans le quartier, afin qu’ils apportent bonheur et chance aux habitants et aussi pour faire visiter les alentours aux divinités.

Le matsuri de Gosho-jinja est particulier car deux des trois mikoshi « transporteront » les dieux locaux dans les rues avoisinantes mais aussi, comme le quartier est près de la plage - ces derniers auront droit à une petite promenade en mer !

Il est 14 heures  en ce deuxième dimanche de juin et comme chaque année, le prêtre principal - guji - accompagné de tengu (un personnage mythique au long nez) et suivi de fillettes - symbole de pureté - maquillées et vêtues d’un costume de fête, arrivent sur la plage de Zaimokuza. Là, dans un espace sacré délimité par des perches en bambou, le prêtre purifiera les trois mikoshi, leurs porteurs et le reste de l’assistance.

Le premier mikoshi est porté par des hommes et des femmes vêtus d’une longue tunique et d’un pantalon blancs et coiffés d’un bonnet noir rigide, le costume  traditionnel. La sobriété de leurs vêtements contraste avec l’apparence des deux autres groupes de porteurs : les femmes ne sont vêtues que d’un short et d’un happi, la veste que l’on porte pour les matsuri, et certains hommes sont  à demi-nus, ils ne  portent qu’un fundoshi, un genre de cache-sexe en coton blanc. D’autres encore exhibent un corps entièrement tatoué… Ces deux groupes vont pénétrer dans la mer. Les vagues leur frappent les cuisses mais ils s’avancent dans l’eau jusqu’au niveau de la taille, ce qui est particulièrement difficile - un mikoshi pesant environ 800 kilos - et il ne faut surtout pas qu’il soit mouillé ! L’ambiance devient de plus en plus chaude, d’autant que certains des participants ont bu de l’alcool avant. Les porteurs et porteuses s’égosillent en criant à tue-tête « dokoï, dokoï » ou « washoï, washoï », les cris habituellement poussés lors des matsuri. Tous balancent leur « sanctuaire portatif » aussi énergiquement que possible,  de gauche à droite et de droite à gauche, et ceci afin d’amuser les divinités.

Les participants « promèneront » ainsi les dieux une vingtaine de minutes pour revenir enfin, trempés et épuisés, mais toujours aussi survoltés, sur la plage où ils seront relayés par d’autres participants qui porteront les mikoshi jusqu’au sanctuaire pour y ramener les déités en espérant que ces dernières soient satisfaites de leur promenade !

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