Aichi— L'âme du Japon

La préfecture de Aichi est le berceau de la ville de Nagoya, quatrième zone urbaine la plus peuplée du Japon. Elle se situe entre les métropoles de Osaka et Tokyo, et c’est là que se trouve aussi la ville de Toyota, un des grands centres industriels du pays.

C'est aussi ici qu’ont vu le jour les trois grands seigneurs de guerre, connus comme les "grands unificateurs”, qui ont joué un rôle majeur lors de l'avènement de l'ère Edo (1603 - 1867) après près d’un siècle de guerres civiles. Étant un centre industriel et commercial, Aichi est souvent ignorée dans les itinéraires touristiques. Cependant, il pourrait être intéressant pour les voyageurs de s’y attarder un moment pour y explorer ses recoins riches en histoires et endroits intéressants, et peut être facilement ajoutée en tant que destination dans un itinéraire à bord du Tokaido Shinkansen pour tout voyageur détenteur du JR Rail Pass.

Jour 1: Découverte de la région de Mikawa

Premier arrêt: la gare de Toyohashi. Nous partons de Mikawa, dans l’est de Aichi, et nous nous rendons au Toyokawa Inari. Contrairement au sanctuaire Fushimi Inari de Kyoto (inari: divinité des moissons communément associé aux sanctuaires shinto), connu pour ses centaines de toriis, Toyokawa Inari est un temple zen qui représente l'histoire des inari transmises par les légendaires divinités bouddhistes, les kitsune (renards). On raconte que le mets favori des renards est le inari-zushi, qui consiste en du tofu frit aigre-doux avec du riz assaisonné au vinaigre en son intérieur. Il est dit que ce plat a vu le jour à Toyokawa, et dans les 10 minutes de marche séparant la gare JR de Toyokawa et les portails du temple, nous avons vu plusieurs dizaines de boutiques et restaurants en vendant différentes sortes.

Une fois entré dans l’enceinte du temple, vous pourrez vous rendre au hall principal. Bien que fondé au 13ème siècle, le temple actuel n'a que 91 ans et a été bâti à partir de zelkova, rendant le résultat final époustouflant.

Une fois arrivé dans la partie arrière du temple, vous remarquerez que les renards sont omniprésents. Sous le cèdre qui domine la cour se trouvent des centaines de statues avec un foulard rouge, en honneur à la divinité Inari. Dans le temple se trouve aussi une salle dédiée au zazen (méditation - disponible sur réservation) ainsi qu’un logement “shukubo

Ensuite se trouve le temple Horaiji, au sein des montagnes de Oku-Mikawa.

Tout d’abord, nous faisons un arrêt à Kasasugi pour y goûter le fameux déjeuner naotora, une sorte de repas végétarien de style shojin-ryori dont se nourrissent les moines.

Ensuite, nous nous apprêtons à faire face aux 1 425 marches qui nous mèneront au temple Horaiji.

ll est dit qu’il y a longtemps de cela, un jeune couple pria pour la naissance d’un enfant. Leur vœu fut réalisé et leur fils devint ensuite connu sous le nom de Tokugawa Ieyasu, fondateur - ainsi que premier Shogun - du clan Tokugawa. Grâce à cette histoire, le temple devint alors très connu et des activités marchandes se développèrent tout autour et les pèlerins commencèrent à se rendre au temple Horaiji pour y rendre hommage. Aujourd’hui, les marches couvertes de mousse situées entre des rangées de cèdres permettent toujours d’effectuer l’ascension tranquillement jusqu’au temple. Le fameux auteur Basho y dédia aussi un de ses haïku.

Pour les plus aventuriers, le chemin menant au temple Horaiji continue au cœur de la montagne pour aboutir sur une vie spectaculaire de la baie de Mikawa. De la, il est possible de voir tous les sapins “matsu” qui recouvrent les rochers, ainsi que les falaises avoisinants les champs qui parsèment le paysage.

Le chemin en boucle vous ramènera au sanctuaire Horaisan Toshogu, bâti en l’honneur du shogun Tokugawa Ieyasu. La marche peut être un peu ardue parfois, donc assurez-vous de chausser des chaussures adaptées.

Le logement: Hazu Gassho

Caché dans la vallée surplombant le Yuya onsen se trouve Hazu Gassho. Le bâtiment en bois de style Gassho-zukuri a plus de 150 ans et a été relocalisé depuis la préfecture de Toyama il y a 30 ans. Aujourd’hui, le bâtiment émane encore toute la beauté de son origine, même après avoir subi plusieurs rénovations avec des touches plus modernes.

En son intérieur, les piliers en châtaignier et zelkova qui restent visibles, sans traces de clou ou de retouche, sont impressionnants. La bâtiment comporte 5 chambres d'hôte, proposant un logement calme et relaxant, comme si vous étiez vous-même un ancien seigneur féodal.

Une fois arrivés, le salon avec cheminée ouverte vous propose une aire tranquille pour vous reposer et profiter d’un peu de thé.

La gestion de la propriété est assurée par un staff feminin, y compris la chef et la Okami-san (manager traditionnel des ryokan) est là pour vous guider au travers du bâtiment, expliquant les fonctionnements pour les onsen (sources chaudes) et les repas. Les chambres sont de style japonais, avec des tatamis, et des plafonds élevés, tous avec une superbe vue sur la forêt et les sources d’eau.

Deux des chambres proposent aussi des bains extérieurs en hinoki (cyprès) faisant face au sud-est, l'idéal pour regarder les lever de soleil tout en profitant du bain.

Un petit chemin mène à deux bains chauds supplémentaires sur le bas.

L'expérience principale est sans aucun doute le dîner. Nous étions absorbés par la présentation de produits locaux saisonniers, et chaque plat était accompagné d’explications détaillées. Ceux-ci comptaient par exemple du gibier local, des poissons frais des rivières et des produits des fermes adjacentes. Le repas a duré environ 2 heures et demie desquelles nous sommes sorties heureux et satisfaits.

Un bain accompagné d’une tasse de thé pour terminer la journée.

Le déjeuner était tout aussi bon que le dîner, malgré la première frayeur à la vue du nombre de petits plats. C'est la façon idéale de commencer la journée, le tout accompagné d’un café, avant de partir pour la suite de l’aventure.

Jour 2: Gamagori et la péninsule de Irago

Entre les montagnes et la mer, Aichi offre une grande variété. Le deuxième jour nous nous sommes rendus à Gamagori, une ville maritime aux abords de la Baie de Mikawa. Gamagori a longtemps été une station balnéaire prisée et abrite en son sein un hôtel datant d’avant la guerre, durant l'ère Showa (1926 - 1945). Pendant les années 30 et 40, une quinzaine d'hôtels internationaux avaient été construits avec l’approbation de l'agence touristique du Japon. Aujourd’hui, l’ancien bâtiment domine la petite île de Takeshima, située à juste 400 mètres de la côte.

Nous nous sommes promenés sur le pont et avons traversé le torii, réputé pour être la seule entrée de ce type pour un sanctuaire dans tout le Japon.

Le chemin entre l’enceinte du sanctuaire Yaotomi et l'île est relativement facile. L’eau de la mer est tentante pour s’y baigner, cependant il est déconseillé de le faire à cause des marées. Entre les mois d’avril et juin, l’endroit est notamment populaire pour la récolte des palourdes, ce qui nous mène à notre déjeuner.

Seida-An est un petit restaurant local datant de 1922.

Mr. Matsuyama est la troisième génération de chef pour les nouilles et propose une spécialité, le Gamagori udon. Il n’utilise que des ingrédients locaux, y compris pour la farine utilisée pour les nouilles elles-mêmes.

Pour le repas, mon choix s’est porte sur le shiro-miso (miso blanc) accompagne de kishimen udon (udon plat), parsemé de palourdes.

Le restaurant ayant été reconstruit depuis ses débuts, on y trouve malgré tout une certaine atmosphère nostalgique grâce aux objets datant de l'ère Showa (1926-1989). Il est l’un des restaurants populaires pour les locaux tout autant que pour les touristes désirant manger du Gamagori udon. Il est conseillé de s’y rendre relativement tôt pour être sûr de pouvoir y goûter.

De l’autre côté de la baie de Mikawa se trouve la péninsule de Atsumi, connue pour sa production de tomates, melons et fraises.

La péninsule de Atsumi fait face à la baie de Mikawa depuis l'Océan Pacifique et ses étendues font de Irago une destination très prisée des surfeurs au Japon, où de nombreuses compétitions internationales ont lieu. Un autre événement majeur est le Triathlon de Irago qui a lieu en septembre chaque année depuis 35 ans. C’est l’un des plus anciens événements de course au Japon. Et avec une vue pareille lors des compétitions, c’est compréhensible !

La zone est idéale pour l’exploration en vélo, avec les routes côtières idéales pour profiter de brise de l'océan. Irago fait partie du réseau Japan Eco Track avec plusieurs fournisseurs (cafés, restaurants et hébergements) de vélos et outils nécessaires pour effectuer la route.

Si vous voulez juste faire une balade tranquille, vous pouvez aussi simplement louer des vélos électriques à plusieurs endroits, y compris le Irako View Hotel, Irago Crystal Port (gare routière), ou le terminal du ferry. Le vélo électrique rend la promenade autour de la péninsule jusqu’au cap très simple et agréable.

Ne ratez pas Shammys, un repère de surfeurs qui propose de la pizza et de délicieux cafés.

Nous avons eu droit a des palourdes fraîches grillées avant de nous rendre au terminal du ferry pour l’ile Shinojima et le port de Morozaki, facilitant le retour à la ville de Nagoya. Sinon, il est aussi possible de prendre le ferry Isewan pour vous rendre à la préfecture voisine de Mie, facilitant l'accès à Iseshima.

Si vous voulez manger des produits de la mer, alors l'île de Shinojima est pour vous. Il ne vous faut que 30 minutes depuis Irago pour vous y rendre en ferry.

Nous sommes arrivés tard dans l'après-midi, juste à temps pour voir le coucher de soleil sur l'île de Matsushima, avec un cadre pittoresque de sapins fermement installés sur leur rocher au gré des conditions naturelles.

Le petite île de 1 600 habitants située au creu de la baie de Mikawa est connue pour le fugu (poisson-globe). Ce poisson, qui ne peut être préparé que par des chefs licenciés en charge de retirer la pochette de poison, est l’acteur principal du repas. M. Araki, pêcheur local, chef de cuisine fugu, président de l’association touristique et propriétaire du Atsumiya Marine Park Hotel, nous a régalé avec un repas à base de sashimi de fugu, dorades, blanchaille, crevettes, crabs et poulpe parmi tant d’autres mets. Le tout provenant de pêcheurs locaux.

Le lever de soleil était tout aussi beau que son coucher. L'île est relativement petite et peut aisément être visitée à pied en une heure environ .

ll est conseillé d’emprunter le chemin qui fait le tour des promontoires au sud pour se mettre en appétit avant de se régaler avec un petit déjeuner de pêcheurs.

Depuis la découverte de plats datant de l'ère Jomon (10 000 AC - 300 AC), on sait que l'île de Shinojima est habitée depuis des millénaires. Grâce à son héritage de la pêche, il est possible de voir un lien étroit avec le grand sanctuaire de la préfecture de Mie, le sanctuaire Ise-Jingu. En effet, Shinojima était chargé de fournir le Onbe-tai (dorade rouge) pour les offrandes aux dieux de Ise-Jingu. Les pêcheurs de l'île ont aussi depuis longtemps développé une technique de pêche utilisant des lances barbelées pour attraper les vivaneaux, faisant d'eux les “fournisseurs officiels des dieux”. Dans le folklore japonais, le Tai (vivaneau) est une sorte d’homonyme du terme "célébration" et est souvent associé aux occasions spéciales (mariages, naissances…)

Le sanctuaire Ise-Jingu, dans la préfecture voisine de Mie, est connu comme étant le lieu d’origine mystique du Japon et du shintoïsme. Durant la cérémonie du Shikinen Sengu, qui a lieu tous les 20 ans, une partie de l'intérieur du sanctuaire est reconstruite, et le bois d’origine est envoyé à divers sanctuaires tout autour du pays. Le sanctuaire de Shinmei, a Shinojima, a été totalement bâti à partir de bois provenant de Ise-Jingu. Et 20 ans plus tard, le sanctuaire de Hachioji a été aussi reconstruit à partir de bois provenant du sanctuaire de Shinmei. Cela montre aussi le lien étroit unissant l'île de Shinojima et le sanctuaire Ise-Jingu.

Jour 3: Dernier arrêt - la ville de Nagoya

Nagoya est notamment connue pour le Nagoya Meshi, qui peut être traduit comme “soul food”, tels que le tebasaki (ailes de poulet épicées et frites) ou miso-katsu (côtelettes de porc à la sauce miso). Pour être certain de bien en profiter, nous avons décidé de manger du hitsumabushi.

Si vous n’avez jamais goûté de l’anguille auparavant, alors vous vous direz sans doute “non merci”. Mais ne vous méprenez pas ! Ce repas consiste en du riz frais recouvert de fines lamelles d’anguille grillée, avec une sauce particulière, qui vous fera goûter quelque chose de totalement différent ! Traditionnellement, ce repas doit être mangé dans un certain ordre: tout d’abord, seulement de l’anguille. Ensuite, y ajouter des assaisonnements (oignon vert, wasabi, algues), et enfin recouvrir le tout avec le bouillon servi avec. La portion d’anguille est connue pour ses valeurs nutritives et est souvent consommée durant les soirées d'été pour faire le plein d'énergie et faire face aux mois de chaleur !

Nous avons dîné au restaurant Atsuta Houraiken, ancien ryotei (restaurant de style japonais traditionnel) fondé en 1873 durant l'ère Meiji (1868 - 1912). Malgré la grande variété de plats disponibles, le restaurant est connu comme étant à l’origine du hitsumabushi. L’histoire raconte qu'à l'époque, les anguilles étaient servies entières à la fin du repas, cependant les gens avaient du mal à terminer le riz et l’anguille. C’est alors que l’un des chefs décida d’inclure le bouillon et les accompagnements à côté, que les gens pouvaient ajouter comme il leur plaisait. Ainsi faisant, les gens prenaient alors plus de temps pour profiter du repas, évitant au final tout gâchis de nourriture. Aujourd’hui, le hitsumabushi est un repas complet à lui seul, comme décrit auparavant.

Pour brûler un peu les calories du repas, vous pouvez marcher jusqu’aux terrains aux alentours du Chateau de Nagoya, horne de son poisson shachi doré sur la toiture, il est l’un des symboles incontournables de la ville. Construit au début de l'ère Edo (1603 - 1867), il était à l'époque une des châteaux les plus élaborés du Japon. Cependant, à cause de sa proximité avec les usines chargées de la production d’avions lors de la seconde guerre mondiale, le bâtiment original fut détruit lors de raids aériens quelques mois avant la fin de la guerre.

Aujourd’hui, le château est en phase de reconstruction, et le dernier ajout en date est le palais Hommaru. Comparé au palais Nijo de Kyoto, qui transpire une élégance et une beauté datant d’une autre époque, le palais Hommaru de Nagoya est au contraire une ode au savoir-faire qui existe toujours à l'heure actuelle.

Vous pourrez aisément imaginer comment était le palais à l'époque des seigneurs féodaux en vous promenant au sein de grands halls de cèdres au sein du palais..

En dehors de l’enceinte du château, j’ai eu l’occasion de croiser le "très jeune” seigneur de guerre Toyotomi Hideyoshi (seulement 484 ans !). Peu importe les questions que je lui posais, l’individu n'a perdu le nord une seule fois lors de notre conversation. En effet, le Nagoya Omotenashi Bushotai propose de rencontrer un des six seigneurs de guerre liés au château de Nagoya tous les jours. Non seulement leur talent en cosplay est impressionnant, mais ils sont aussi capables de parler, se comporter et raconter des histoires comme s’il s’agissait véritablement des seigneurs de l'époque des samouraïs. Il en va de même pour les ninjas que vous pouvez apercevoir furtivement derrière les murs du château. Les week-ends, il est commun de voir des gens se rendre dans les enceintes du château pour rencontrer leur personnage historique favori. Sans tenir compte de l'opportunité de prendre de jolies photos, il s’agit aussi d’une activité historique interactive, unique et divertissante.

Si vous voulez en savoir plus sur l'histoire de la famille Tokugawa, qui régna sur le Japon durant l'ère Edo (1603 - 1867), alors ne ratez pas le Tokugawa Art Museum. Ce musée fut bâti en 1935, et il s’agit de la collection la plus complète d'œuvres d’arts et objets hérités au sein de la famille Tokugawa de génération en génération. Avec tant de trésors disponibles, les expositions changent constamment et toutes les pièces sont immaculées et en parfait état, comme par exemple les katana de la famille qui semblent toujours flambant neufs après plusieurs siècles d’existence. L’exposition propose des explications en anglais.

Comme vous avez pu le lire ici, la préfecture de Aichi a une grande valeur historique et économique pour le Japon. Lors de votre prochaine visite dans le pays, ne manquez pas l’occasion de vous y rendre, explorer les montagnes de Oku-Mikawa, la zone côtière de Irago, les îles ou bien simplement profiter de la nourriture et les expériences que la préfecture peut vous offrir.

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Sébastien Duval il y a 6 mois
Jolies photos… et content de voir quelques mets végétariens/végétaliens listés 👍